Vacherie

Lorsque l’on aime autant les animaux que moi, se rendre dans un pays dont la religion est basée sur les forces de la nature et plus particulièrement de nos amis les bêtes se transforme en une expérience hautement spirituelle. Cela offre en effet de nouvelles perspectives sur la vie, bien plus que n’importe quel bouquin de développement personnel. Ces croyances hindoues expliquent aussi peut-être pourquoi l’Inde est simplement l’équivalent du paradis pour les végétariens. Le caractère sacré de la plupart des animaux fait qu’il est rare de trouver de la viande au menu - et il est même des villes saintes dans lesquelles la viande est bénie bannie (de même que l’alcool d’ailleurs, les hindous n’ayant pas de dieux pour les ivrognes, cela explique peut être le fait que les asiatiques soient une population hors de portée des problèmes d’alcoolisme). C’est d’ailleurs dans cette même ville qu’entrer dans un café m’a pris 5 bonne minutes à attendre que la vache qui avait élu domicile sur le palier daigne bouger son saint-pis.

Anyway, puisque ma religiosité est plutôt limitée (même si je dois confesser admirer les actes de dévotion auxquel j’ai pu assister), je ne débattrais point ici de l’intérêt profond d’une croyance mettant sur un piédestal l’environnement faunique. Je descendrais plutôt bien bas dans les méandres du terre-à-terre pour vous faire part de mes considérations que certains trouveront -j’en suis bien certaine- de la plus haute importance. En particulier l’enfant aux tendances scatophiles que chacun porte en soi. Je vais ici parler de la bouse de vache.

Pour être honnête, je pensais qu’au pays de la vache sacrée, une odeur certaine de bouse ne me lâcherait pas puisque le nombre de ces bêtes surpasse presque le nombre d’habitants (ils sont plus d’un milliard tout de même, je vous laisse imaginer). Et bien il n’en fût rien. Je dois dire que j’en était presque déçue. Sous la chaleur écrasante de la côte ou sous le crachin vénéneux des montagnes, rien ne fit véritablement ressortir la fragance délicate de la sainte substance (puisqu’en effet, les cendres de bouse sont souvent déposée sur le crâne de statuts de Ganesha… J’ignorais jusqu’alors que vaches et éléphants avaient de telles accointances…)

Afin d’expliquer ce phénomène étrange, plusieurs hypothèses me vinrent à l’esprit :

- Les vaches indiennes souffrent d’une constipation chronique due à la sous-alimentation dont elles sont victimes (le jeûne faisant partie des rites hindouistes soit dit en passant, les vaches ne font pas exception à la règle vu leur maigreur)

- Le fait d’être sacrée rend leurs déjections sans odeurs (Catsan devrait leur demander un brevet)

- Fières animaux que sont les vaches + un transit casanier fait qu’elles ne se sentent pas de faire dans la rue.

- Je me suis habituée tellement vite à cette odeur que je ne la remarquais même plus.

Pour en avoir bavardé avec plusieurs personnes, j’ai cru comprendre que la bouse n’a pas la réputation d’avoir une odeur dévastatrice en Angleterre. Je ne cache pas ma jalousie, puisque je dois avouer que cette odeur, dans la campagne bretonne où j’ai grandi fait partie des raisons pour lesquelles je préfère encore vivre en ville et respirer les gaz d’échappement. Mais puisque j’aime à expliquer tout et n’importe quoi par des hypothèses tout aussi irrationnelles les unes que les autres, je pense que cette odeur est le prix à payer pour vivre dans un pays où l’on produit le meilleur fromage du monde (Cocorico !), en d’autres termes, le fromage qui pue le plus.

Des réticences à la fermentation font que l’Inde ne vend  ni ne produit aucun fromage, ce qui peut alors expliquer l’absence d’odeur… C’est bien dommage pour eux puisqu’ils ne connaîtront donc jamais La Vache qui rit :) (-> blague de m… , nous sommes d’accord, mais on doit reconnaître que ça va bien avec le thème général de ce post).

“Qui était le premier homme à avoir dit : “Je pense que je vais boire ce qui sort de ce truc quand je le presse” ?” - Calvin & Hobbes