Chronique du racisme ordinaire

Non, je ne vais pas m’en prendre aux britanniques une fois de plus… Mais à cette maladie terrible qui n’a pas de frontière qui porte le nom de ‘connerie’.
A l’heure où tout le monde ou presque se demande ce que va devenir la France aux mains de Sarko, je peux vous dire que la Grande-Bretagne n’est pas en reste. La preuve par l’exemple…

La semaine dernière, à mon cours d’italien, ma prof - italienne de son état - me demande d’un air désespéré qui me vite fait comprendre que si elle n’est pas de gauche, je n’ai qu’à me couper un bras, ce que je pense du résultat des élections… Je lui fais une grimace entendu et lui répond que je ne pense alors pas pouvoir rentrer en France dans les 5 ans à venir, à moins d’un putsch, coup d’état, révolution ou tout autre moyen que pourront trouver mes compatriotes pour renverser le gouvernement en cours (à venir devrais-je dire, mea coule plus).


En tous les cas, un de mes petits camarades de me demander alors : « Tu n’aimes pas Sarko? »… Diantre que non lui répondis-je, c’est un faciste (en anglais ça donnait plutôt un truc du genre “Fuck that! No way to like this bloody facist!”) dans un précédent poste, j’avais déjà précisé la pauvreté de la presse britannique sur laquelle je ne vais pas revenir donc je ne vais pas le blâmer sur le fait qu’il ignorait probablement les propos plus qu’équivoque du-dit Nicolas sur l’immigration… Passons… Le drame se produit dans les lignes suivantes. Ce grossier personnage, d’un air j’ai-vachement-réfléchi-à-la-question avec frottage de menton à l’appui me sort alors : “I think in Europe, we are reaching a point where there are too many immigrants…” (verbatim en français : je pense que l’on atteint en Europe un stade où il y a trop d’immigrés).


De deux choses l’une : l’homme en question prend des cours d’italien puisqu’il est marié à une italienne, NDLR.

Il s’adressait, à ce moment même à moi-même qui suis une immigrée. Il avait au passage de la chance que cette conversation se passe en aparté, sans quoi notre bien-aimée professeur lui aurait probablement sauté à la gorge…

Je présuppose que cet homme aux facultés intellectuelles que je qualifierai de hautement limitées sur une échelle de 0 à 10, atteignant le -50, ne voit sans doute même pas où se trouvait l’absurdité de son propos puisqu’au vu de ma tête ayant tourné probablement au rouge violacé, il ne s’est même rendu compte de sa bourde.
Alors qu’entendons nous bien… De toutes les catégories d’immigrées, si une doit être qualifiée de pire que les autres… C’est sans protester que je me lèverai pour que l’on me jette la première pierre car je veux bien être reconnue comme appartenant à la pire. C’est celle de l’ « immigration choisie », espression chère à Nicolas.
Mon pays est loin d’être au bord de la guerre civile (encore que, ça va peut être pas tarder), il n’y a pas d’épidémie en France (à part la râlerie organisée mais c’est un phénomène culturel. On enlève ça aux français, c’est comme si on bannissait le camembert en Normandie) et pas de famine non plus… La situation économique n’est pas à plaindre au point de voir tout le monde fuir, donc je ne suis allée immigrer au Royaume Uni que pour le plaisir d’avoir une vie meilleure par le biais d’un enrichissement culturel purement personnel et parce que j’aime Londres à en mourir… Ce qui somme toute, ne fait avancer personne de manière collective puisque je n’ai même pas besoin d’envoyer de l’argent à ma famille donc je n’aide nullement au développement économique de mon pays d’origine, quant au rapprochement des peuples… Un rapprochement quel qu’il soit avec les îles britannique est d’avance perdue, je ne m’y attellerai pas, autant être clair…
Je ne vais pas jouer la pauvre immigrante opprimée pour le coup, puisque je sais parfaitement que par le terme ‘immigrant’, je n’étais nullement visée (ce que je trouve encore pire).

Mais pour le coup, j’aimerais que l’on me définisse les critères de l’« immigration choisie »… Parce que j’ai la très nette impression que l’on parle de nazisme déguisé (encore que je n’en avais jamais vraiment douté, mais là les preuves sont irréfutables). A coup de « on veut bien que des immigrés viennent nous piquer nos boulots, à condition que… ». J’aimerais bien qu’une fois pour toute on m’explique quelles sont ces conditions puisque pour être honnêtes, les critères ne me semblent pas être basés sur autre chose que la couleur de la peau et la provenance. Je ne vois pas en quoi on pourrait me pardonner à moi d’avoir immigré alors que n’importe quel polonais venant exercer le métier de plombier à Londres devrait être mis dans un charter pour retourner travailler dans son pays sous prétexte qu’il « pique le boulot d’un travailleur britannique/français ou quel qu’il soit d’ailleurs (puisqu’il ne me semble pas que l’immigration pose un quelconque problème au Darfour par exemple) ». Je n’en suis pas spécialement fière non plus mais je dois avouer que de la même manière qu’un bosniaque, un nigérian ou un thaïlandais, je pique le boulot d’un bon britannique et que cela n’est pas plus excusable par le fait que l’on soit français ou espagnol.

NDLR : Cette note prend d’autant plus d’importante que j’ai été voir « This in England » la semaine dernière, qu’on se le dise.

La vie est un exil : Chaque homme vit en lui-même comme en un pays étranger. - Jean Ethier-Blais