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Odeur de sommeil persistante. Dehors, le jardin que la nuit a blanchi, endormi sous des feuilles d’automne délavées.
La tête dans l’oreiller, tu caches ton visage pour ne pas voir la pâle lumière qui filtre d’entre les rideaux, les yeux rougis par le sommeil, par ce rhume qui n’en finit plus, ou d’avoir trop fumé. Ta respiration bruyante pourrait réveiller les voisins et offre un étrange ronronnement  à ce matin calme et gelé. Comme un écho au radiateur, seul autre bruit admis pour t’éviter de grelotter.
Claquements de dents et pelotonnements intempestifs, tes paupières lourdes ne peuvent tenir plus de 5 lignes de ce roman qui n’en finit pas de tomber de tes mains sur la moquette grise, dans le cendrier encore chaud, sur la pile des autres livres en attente d’être lus.
Ce grand corps d’habitude si leste te semble aujourd’hui peser très lourd et ne répond de rien. Bien curieuse sensation…

Des gouttes perlent de ton front pour se perdre dans les draps déjà humides alors que ton délire voit des phrases dignes de cadavres exquis se dessiner sur tes lèvres. La pâleur de ton visage donne d’ailleurs à ces lèvres un éclat encore jamais vu auparavant. Le son de ta voix a changé : le timbre n’est plus aussi clair mais a acquis une profondeur presque caverneuse.

Alors que le jour baisse au dehors, tu sens tes forces t’abandonner et sombres dans un sommeil qui t’emportera dans un voyage au pays d’autres surréelles aventures.
Un voyage au bout d’une autre nuit.