Epiphaniquement Vôtre

Ce week end, mes galoches de voyageuse invétérée m’ont emmené dans la capitale du plat pays, la joliment nommé Bruxelles (je n’ai aucune idée de ce que ça veut dire, mais j’aime bien comment sonnent les X, question de goûts)…

En dehors du fait que cette ville soit chou (attention, jeu de mot minable à 9h00), cette petite cité que l’on peut arpenter d’est en ouest et du nord au sud à pied, (quelle bonheur !), m’a fait vivre un petit moment épiphanique comme je n’en n’avais pas vécu depuis longtemps (bon ok, à part Malevitch à NYC, mais j’y reviendrai encore plus tard…).

Sur conseil d’un belge, je me suis rendue dans le magnifique bâtiment Art Déco qu’est le Musée des Instruments de Musique où je dois dire, je n’aurai pensé me rendre si il ne me l’avait pas chaudement recommandé. Et moi, oh combien piètre pianiste devant l’Eternel, je me suis bien évidemment extasiée devant moult pianos et autres clavecins que donne à voir ce charmant musée.

Mais l’épiphanie se situait dans un instrument qui au premier abord m’a semblé vouloir être mon ennemi… J’ai nommé le casque d’écoute distribué à l’entrée qui par un système de fréquence radio vous joue dans les oreilles un son ou une musique correspondant à l’instrument contemplé… Bien qu’intéressant en terme de concept, la-dite technologie révolutionnaire est tout simplement empreinte au poste de radio. La raison pour laquelle je n’écoute JAMAIS la radio réside bien dans le fait que le crépitement quasi continu que propose un poste pour trouver la fréquence adéquate m’insupporte (plus les programmateurs de radio qui ne passe JAMAIS ce que j’ai envie d’entendre, les fourbes !)… Ce casque là, ayant à pratiquer l’exercice de changement de fréquence approximativement toutes les  2 minutes 30 (un peu plus longtemps sur la 5è de Beethov, ok), mon degré d’insupportation avait augmenté de façon exponentielle en une durée record  jusqu’à ce qu’arrive le moment épiphanesque… Totalement inattendu comme vous l’aurez compris.

Dans une pièce sombre et fraîche, sans doute pour des raisons de conservation, se tenait un orgue de barbarie énorme. Je n’ai jamais été particulièrement fan de ce genre de boîte à musique que je trouve pour tout dire un rien morbide… C’est un peu comme les pianos mécaniques, ça me rappelle les mauvais films d’horreur que me faisait regarder ma soeur quand j’étais petite (oui, c’est de la délation, et alors ?)… Bref, je regardais l’instrument lorsque, après 2 bonnes minutes de grésillements qui ont failli me faire laisser tomber le casque une bonne fois pour toute, une musique d’orgue de barbarie se met à chanter dans mes oreilles… Et cette musique… M’a renvoyé en enfance… Elle avait le même son un peu grinçant et mal accorder d’une poupée à musique que ma grand-mère avait chez elle lorsque j’étais petite et qu’elle m’avait donnée. Cette poupée je l’ai retrouvée à Noël lorsque je suis allée fouiller dans le grenier de mes parents pour aller chercher, dieu-sait-quoi, (tout le monde aura remarqué la récurrence du thème religieux de ce poste… J’ai été manifestement touché par un ange…) avait il y a donc 4 mois fait transpirer mes yeux dans les bras de mon père, que j’avais oublié être si maladroit en terme de consolage de filles (il avait pourtant de quoi s’entraîner le papa, avec 4 gonzesses à la maison, c’est vraiment de la mauvaise volonté…). Et je me suis retrouvée à nouveau, en entendant cette musique dans un état épiphanesque donc, on ne sait jamais trop où le situer entre douleur et plaisir, quand on s’aperçoit que l’enfance a vraiment foutu le camp… La suite, vous la connaissez…

“Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c’est la loi.”
Charles Baudelaire (L’horloge)