La cruauté

CRUEL, ELLE, adj.

A.[En parlant d’une pers. et de son comportement]

1. Qui prend plaisir à provoquer volontairement la souffrance physique ou morale d’autrui (ou d’un animal).

Ca aurait pu faire un joli scénar de rom’ com’ comme on aime les regarder dans les avions - avec un brin plus de rock n’ roll peut être mais rom’ com’ tout de même, avec un coeur de midinette et une ribambelle de Kleenex.

Une rencontre fortuite dans un bar parisien alors qu’Elle vient d’arriver sur Paris il y a tout juste 8 ans. Lui est l’ex d’une copine de fac - cette dernière semble avoir du mal avec cette rupture et l’appelle encore ‘son S’. Elle, loyale alors le considère vaguement : les copains, mêmes les ex des copines sont chasse gardée. Ils se revoient parfois au hasard des soirées mais non, on ne touche pas. Fin de l’acte Ier.

Acte II se passe quelques 3 ans et demi plus tard - elle est partie à Londres. Ils sont restés vaguement en contact et Lui la relance assez joliment en lui disant qu’il regrettait n’avoir rien tenté. Elle se pose pas mal de question mais après tout ce temps, il y a prescription. L’exe ne lui parle plus depuis 2 ans - un concours de circonstances bizarres les fait se revoir à Bruxelles ou la bière coule à flot. Elle repasse à Paris où ils se recroisent autour d’un verre - l’alcool déshinibe même les plus handicapés du sentiment c’est bien connu. 

Fin novembre de cette même année - elle doit descendre sur Paris et espère le voir à nouveau. Un concert est l’occasion de ne pas le voir se défiler puisqu’Il s’est déjà montré peu fiable par le passé. Elle annule à la dernière minute et n’arrive que le lendemain - Elle lui propose un café qu’il accepte mollement avant de finalement ne jamais confirmer. Des premières larmes viendront mouiller les sièges de l’Eurostar du lundi matin. Quelques jours plus tard, par MySpace interposé, Elle découvre la raison de ce silence : Il est tombé pour quelqu’un d’autre. Acte III terminé.

Entracte étrange pendant lequel Ils gardent contact sans trop savoir pourquoi. La vie semble leur faire vivre des histoires en parrallèle. Leurs coeurs sonnent à l’unisson, en particulier des mélodies désespérées. 

Acte IV, New York, 2011. Elle ne lui a pas parlé depuis un bail - un peu lasse de cette histoire sans fin. Un ami à Elle meure le jour de ses 30 ans. Elle se demande un peu connement ‘et si c’était Lui ?’ alors qu’Elle le revoit en rêve. Tant pis, Elle le recontacte, au diable la fierté. Comme d’habitude Il se montre réceptif et lui dit qu’Il va venir. Chat échaudée craint l’eau froide, Elle ne le croit qu’un fois qu’Elle le voit en bas de ses escaliers. Il est là. Pour de vrai. Elle l’a rêvé un nombre incalculable de fois et c’est enfin arrivé. Elle en perd un peu ses moyens, ne sait comment réagir mais la semaine se passe plutôt bien. Mais dès le lendemain de son arrivé, une troisième personne se révèle être invitée. Le personnage de l’acte trois porte le même prénom qu’Elle et flotte autour d’eux. Ils se prennent la tête froidement comme des adultes réfléchis. Il lui parle de maturité et s’en va comme un voleur sans rien lui dire. Elle est blessée, souffre beaucoup, ne sait quoi penser.

Acte V, Paris, 2 mois plus tard. Elle est repassée lors d’un voyage en Europe pour le voir en concert. Elle lui avait dit lors d’une conversation à New York qu’Elle y viendrait. Il a envie de la revoir lui a-t-Il dit. Elle le revoit sur scène. Il est beau et a l’air heureux, débarrassé de ses démons. Mais Elle sent que le démon est là. Tapi quelque part, quelque chose dans l’air. Son compagnon de soirée confirme son sentiment en lui disant que la personne assise à côté, sur la gauche du transept, côté jardin… Cette jeune fille à l’air désespéré texte frénétiquement quelqu’un qui se trouve sur scène pour lui dire qu’elle est là, veut le voir etc, etc. Elle sait, Elle comprend. L’Autre est là - l’invitée indésirable. Encore présente et Elle, toujours loin, avec un nouveau départ pour New York lundi. Elle le sait entouré ce soir là de ses amis et se dit qu’ils sauront le maintenir à flot, Il n’a pas besoin d’Elle. Elle essaie quand même, de le revoir pendant le weekend. Il l’ignore à nouveau.

Elle ne sait qu’en penser - elle ne sait comment qualifier cette capacité à la faire languir, la faire espérer pour finalement toujours la décevoir. Cette envie irrepressible de toujours faire de son coeur des confettis. 

Aujourd’hui, alors que la lumière de midi éclaire faiblement la skyline de Manhattan, Elle a trouvé : la cruauté.

Rideau.